400.000 belges sous anticoagulants oraux : l’enjeu crucial de l’observance
Bruxelles, 8 janvier 2026 – En 2023, plus de 400.000 personnes ont reçu une prescription pour un anticoagulant oral1. Les anticoagulants sont des médicaments principalement utilisés pour réduire l’apparition de thromboses chez les patients atteints de fibrillation auriculaire, ce qui représente entre 2 et 4% de la population adulte. C’est ce que nous rapporte une nouvelle étude de la Mutualité chrétienne (MC).

Pour les patients souffrant de fibrillation auriculaire – une arythmie cardiaque durant laquelle les oreillettes du cœur se contractent rapidement et de façon irrégulière – on prescrit souvent des anticoagulants oraux afin de prévenir la formation de caillots sanguins. Il existe deux types d’anticoagulants : les antagonistes de la vitamine K (AVK) et les anticoagulants oraux directs (AOD). Les antagonistes de la vitamine K étaient les seuls anticoagulants oraux disponibles sur le marché jusqu’en 2009. Ils nécessitent un dosage précis, dosage qui doit être continuellement contrôlé par des prises de sang, ce qui rend le traitement lourd à supporter pour le patient.
Depuis 2009, il existe une alternative plus simple d’usage : l’anticoagulant oral direct. Ce type de médicament ne nécessite pas de suivi par analyses sanguines mais le patient doit par contre suivre précisément la prescription. Un oubli dans la prise du médicament peut être rapidement suivi de conséquences graves, dont le patient ne se rend par forcément compte tout de suite. Ils sont par ailleurs beaucoup plus chers que les AVK et sont plus souvent prescrits, ce qui fait grimper le coût pour l’assurance obligatoire soins de santé.
Entre 2008 et 2023, le nombre de membres de la MC utilisant des anticoagulants oraux a cru de 6% par année. Mais la nouvelle étude de la MC montre également un glissement des AVK vers les AOD : si en 2008, 81.000 membres de la MC utilisaient des AVK, ils n’étaient plus que 18.000 en 2023. En 2023, il y avait 179.000 membres de la MC qui utilisaient des AOD. Cela signifie que les AOD sont les anticoagulants oraux les plus utilisés : en 2023, 91 % des patients prenant des anticoagulants oraux utilisent des anticoagulants oraux directs.
« Nous devons toutefois constater que, quel que soit le type d’anticoagulant utilisé, l’observance thérapeutique des patients à leur traitement n’est pas optimale », indique Elise Derroitte, vice-présidente de la MC. « La contrainte du suivi régulier via des prises de sang joue certainement un rôle pour les antagonistes de la vitamine K, mais on constate aussi que les patients utilisant les anticoagulants oraux directs ne vont pas forcément jusqu’au bout de leur traitement ou ne semble pas disposer du nombre suffisant de comprimés pour une certaine période. Ce n’est pas sans risque: les AVK continuent de protéger les patients même après une dose oubliée mais ce n’est pas le cas pour les AOD, où le risque de thrombose est accru dès une seule prise oubliée. » Sans établir de lien causal entre les événements, l’étude relève que les patients utilisant des AOD ont été plus souvent hospitalisés pour des saignements et/ou des thromboses que les patients sous AVK. Ce qui mériterait d’être investigué plus précisément...
« Il est crucial de la part des professionnels de santé d’informer les patients correctement afin qu’ils puissent se soigner de la manière la plus optimale possible. C’est là que selon nous, il y a un rôle à jouer par les médecins généralistes et les pharmaciens, qui ont une relation plus étroite avec les patients que le cardiologue qui a initié le traitement. » Par ailleurs, la MC encourage l’utilisation de solutions plus économiques, par exemple par le biais d'une prescription par nom de substance , afin de maîtriser le coût pour l'assurance maladie obligatoire.
Enfin, pour Elise Derroitte : « Il est important de ne pas banaliser les difficultés rencontrées par les patients durant le suivant de leur traitement, mais d’y répondre par des solutions accessibles et adaptées. C’est ainsi que nous pourrons garantir à chacun l’accès à des traitements efficaces et sûrs, tout en prévenant les risques liés au décrochage thérapeutique. »
1 RAPPORT-FR-Anticoagulants_Oraux_2024.pdf
Evolution et enjeux du recours aux anticoagulants oraux.pdf
PDF 9.5 MB
Simon Vandamme