La Mutualité chrétienne s'oppose à une restriction arbitraire de l'augmentation des remboursements.
Bruxelles, le 30 janvier 2026 – Elise Derroitte, vice‑présidente de la MC : « Depuis 2024, nous examinons automatiquement si les personnes isolées et les familles monoparentales en chômage de longue durée ou en incapacité de travail ont droit à l’intervention majorée. Cette démarche vise à supprimer des obstacles administratifs auxquels ce public vulnérable est déjà confronté. Les personnes qui obtiennent ce droit à la suite de cet examen automatique auraient pu en bénéficier auparavant via une demande classique : il ne s’agit donc pas d’un élargissement du public, mais d’une simplification administrative. Renoncer à cette mesure reviendrait à réinstaurer une barrière inutile. D’autant que l’augmentation la plus marquée du nombre de bénéficiaires concerne les personnes percevant un revenu d’intégration, qui ont droit à l’intervention majorée depuis des années. Les arguments avancés ne tiennent pas. »

De quoi parle-t-on exactement ?
Le débat politique de ces derniers jours porte sur le groupe de personnes bénéficiant automatiquement d’une intervention majorée. En réalité, il existe trois manières d’obtenir ce statut.
- La demande individuelle.Toute personne estimant que ses revenus sont trop faibles peut contacter sa mutuelle. Celle-ci réalise une enquête sur les revenus. Si ceux-ci sont inférieurs à un certain seuil, l’intervention majorée est accordée. Pour une personne seule, ce seuil correspond, en 2026, à un revenu imposable brut de 28.054,93,91 € par an, augmenté de 5.193,74 € par personne à charge.
- L’octroi automatique lié à un statut existant. Certaines catégories de personnes y ont droit d’office, car un contrôle de revenus a déjà été réalisé : bénéficiaires du revenu d’intégration, de la garantie de revenus pour personnes âgées ou d’une allocation pour personnes handicapées. Les orphelins et les mineurs étrangers non accompagnés bénéficient également automatiquement de l’intervention majorée.
- Depuis 2024, une troisième méthode a été mise en place afin de réduire la charge administrative pesant sur les personnes vulnérables : l’octroi automatique de l’intervention majorée. Elle concerne les personnes pour lesquelles la mutuelle réalise automatiquement une enquête sur les revenus, car nous savons qu’elles disposent de faibles ressources. Nuance importante : elles ne reçoivent pas automatiquement l’intervention majorée ; seule l’enquête sur les revenus est effectuée de manière automatique.
Cette procédure ne s’applique qu’à un groupe très strictement défini : les personnes seules ou les familles monoparentales malades ou en incapacité de travail depuis au moins trois mois, sans autre source de revenus, et pour lesquelles aucun bien immobilier n’apparaît à une autre adresse que la leur. Cela permet d’éviter que des personnes percevant des revenus locatifs ne bénéficient indûment de l’intervention majorée.
« Les personnes bénéficiant d’une intervention majorée à la suite de cet examen automatique auraient pu en bénéficier auparavant via une demande classique. Il ne s’agit donc en aucun cas d’un élargissement du public concerné, mais bien d’une simplification administrative », précise Elise Derroitte.
Combler une ignorance coûteuse
L'octroi automatique a été mis en place en réaction au nombre élevé de personnes qui, par ignorance, ne font pas usage des avantages sociaux auxquels elles ont droit. « Il ne s'agit pas des propriétaires de villas avec une voiture de luxe que certains médecins voient passer. Ceux-ci trouveront toujours le moyen de passer entre les mailles du filet, même sans attribution automatique. Il s'agit de personnes vulnérables qui reportent déjà leurs visites chez le médecin par crainte des coûts », explique Elise Derroitte.
Impact sur les suppléments d'honoraires
L'augmentation de la participation financière permet d'éviter le report des soins, ce qui est finalement également bénéfique d’un point de vue financier. « Un soin reporté coûte souvent plus cher », explique Elise Derroitte. « Prenons l'exemple d’une carie non traitée. Si vous ne le faites pas soigner, cela peut mener à une extraction ou à un traitement plus lourd. À votre avis, qu'est-ce qui coûte le plus cher à la Sécurité sociale ? » Une étude de la MC (à partir de la page 37) montre également qu'il n'y a pas de lien direct entre l'augmentation de l'intervention et les dépenses de santé. En revanche, l’intervention majorée influence les suppléments d’honoraires : « Depuis l’an dernier, les personnes bénéficiant d’une intervention majorée ne peuvent plus se voir facturer de suppléments d’honoraires pour les soins ambulatoires », précise Elise Derroitte.
« La suppression de l'examen automatique des revenus pourrait réduire le nombre de personnes bénéficiant d'une allocation majorée, car certaines personnes pourraient ne pas avoir l'idée de demander un examen de leurs revenus. Cela va à l'encontre de la raison pour laquelle l'allocation majorée a été mise en place : éviter que les personnes ne tombent dans la pauvreté en raison de dépenses de santé élevées et éviter qu'elles ne reportent leurs soins. De plus, nous réintroduisons la barrière administrative que nous avions précédemment tenté de supprimer, avec l'accord des partis libéraux. »
En outre, la MC remarque que la plus forte augmentation du nombre de personnes bénéficiant d'une intervention majorée se situe dans le deuxième groupe, notamment en raison de l'augmentation du nombre de bénéficiaires du revenu d'intégration.
« L'intervention majorée n'est pas non plus un statut acquis à vie », précise Elise Derroitte. « Si vous êtes concerné par ce statut, nous contrôlons chaque année vos revenus et sommes informés quotidiennement des changements dans la composition de votre famille. Ainsi, si quelqu'un a soudainement un nouveau partenaire vivant sous le même toit, ce qui augmente le revenu familial, nous recalculons immédiatement le plafond. »
Un nouvel obstacle administratif
« La suppression de l'examen automatique des revenus pourrait réduire le nombre de personnes bénéficiant d'une intervention majorée, car certains ne penseront simplement pas à en faire la demande. Cela va à l'encontre de l’objectif même de l’intervention majorée : éviter que les gens basculent dans la pauvreté en raison de frais médicaux et empêcher le report de soins. Cette mesure réintroduit une barrière administrative que nous avions justement supprimée, avec l’accord des partis libéraux. »
Pour la MC, il ne fait aucun doute que le système peut être amélioré. Aujourd’hui, trop de revenus échappent à l’impôt des personnes physiques, comme par exemple les flexijobs exonérés. Or, puisque l’intervention majorée est calculée sur la base du revenu imposable brut, les personnes qui perçoivent ce type de revenus passent également sous le radar de l’examen destinée à déterminer leur droit à l’intervention majorée.
Enfin, la MC exprime des doutes quant à l’idée selon laquelle limiter l’intervention majorée découragerait les consultations pour des motifs bénins. « Certaines personnes consulteront aussi pour des banalités même si cela leur coûte 50 euros. Relever les obstacles aux soins de première ligne est contre‑productif », conclut Elise Derroitte.