Nouvelle étude MC : Les inégalités face aux soins s’aggravent en Belgique : plus on est pauvre, plus on est malade, plus on consacre son revenu à se soigner.

Bruxelles – 17/06/2026 – Plus on est pauvre, plus on est malade, moins le recours aux soins est en adéquation avec les besoins… et plus on paie. Une nouvelle étude de la Mutualité chrétienne (MC), basée sur les données de 4 millions de membres, pondérées pour être représentatives de la population belge, met en évidence un constat préoccupant : les inégalités face aux soins de santé restent profondément ancrées en Belgique et tendent à s’aggraver. L’étude met en évidence un système qui protège insuffisamment celles et ceux qui en ont le plus besoin, et trop tard pour éviter le report ou le renoncement aux soins. Explications.

Quelques chiffres clés :

  • Le taux de mortalité est 51 % plus élevé dans les quartiers pauvres que dans les quartiers riches (1,13 % contre 0,75 %)
  • Le diabète est deux fois plus fréquent dans les quartiers les plus pauvres (10,8 % contre 5,4 %)
  • Les personnes aux revenus les plus faibles consacrent 8 % de leur revenu aux soins, soit six fois plus que les plus aisées
  • Le recours aux soins baisse davantage là où les besoins sont les plus élevés, avec davantage de reports et un recours accru aux urgences
  • 30 à 33 % des personnes aux revenus les plus faibles ne bénéficient pas du statut BIM, malgré leur éligibilité potentielle

Concrètement, à mesure que le niveau socio-économique diminue, l’état de santé se dégrade et les besoins augmentent, mais le recours aux soins ne suit pas… Tandis que la charge financière des soins devient de plus en plus lourde. Les inégalités ne sont donc pas marginales et ne concernent pas uniquement les situations les plus précaires : elles traversent l’ensemble de la société et s’accentuent progressivement à mesure que les ressources diminuent.

Des inégalités sociales qui s’accentuent

Les écarts en matière d’état de santé sont marqués et tendent à se creuser :

  • Plus le revenu diminue, plus la mortalité augmente. En 2023, le taux de décès est ainsi 51% plus élevé dans les quartiers pauvres (1,13%) que dans les quartiers riches (0,75%)
  • Les maladies chroniques suivent la même logique : en 2023, le diabète est par exemple deux fois plus fréquent dans les quartiers les plus pauvres (10,8 %) que dans les quartiers les plus riches (5,4 %).

Au plus l’état de santé est mauvais, au plus l’accès aux soins est difficile

Plus préoccupant encore, l’étude met en évidence un déséquilibre structurel : là où les besoins sont les plus importants, le recours aux soins est le plus contraint. L’étude montre un sous-recours aux soins programmés dans les populations précarisées, des reports de soins plus fréquents et un recours accru aux urgences, faute d’avoir pu être pris en charge plus tôt. ​

Ces situations ne relèvent pas de choix individuels, mais de l’accumulation de barrières concrètes – financières, administratives et organisationnelles – qui entravent l’accès effectif aux soins.

La dimension financière joue un rôle déterminant. En moyenne, les personnes aux revenus les plus faibles consacrent 8 % de leur revenu aux soins, soit une part six fois plus élevée que pour les personnes les plus aisées. Et ce, malgré l’existence de mécanismes de protection comme le Maximum à facturer (MAF). ​

Des mécanismes protecteurs indispensables… mais insuffisants

Le MAF plafonne le montant annuel de tickets modérateurs à charge des ménages : au-delà d’un certain seuil – déterminé en fonction du revenu, ils sont remboursés par l’assurance maladie. Mais dans les faits, ce mécanisme présente plusieurs limites importantes :

  • il intervient tardivement, parfois une fois les dépenses engagées, ce qui suppose de pouvoir avancer les coûts des soins. Les mois qui précèdent l‘activation du MAF sont des moments compliqués sur le plan financier pour les personnes ou les familles confrontées à la maladie, en raison de l'accumulation des frais.
  • il ne couvre pas les suppléments d’honoraires, qui pèsent lourdement dans les dépenses ;
  • il suppose d’atteindre un niveau de dépenses souvent trop élevé pour les ménages aux revenus faibles et moyens.

Par ailleurs, l’étude met en évidence que certaines personnes disposant de revenus très faibles ne bénéficient pas du statut BIM, ce qui est un signal de l’existence de situations de non-recours au droit et met en évidence la complexité administrative pour accéder à ce statut.

Ainsi, 70 % des personnes aux revenus extrêmement faibles bénéficient du statut BIM, contre 67 % pour les revenus très faibles, ce qui signifie qu’environ 30 % à 33 % des personnes dans ces tranches n’en bénéficient pas malgré des revenus situés sous ou proches des seuils d’accès.

Au final, l’étude met en évidence un système qui protège insuffisamment celles et ceux qui en ont le plus besoin, et trop tard pour éviter le report ou le renoncement aux soins.

Lutter contre les inégalités de santé et d’accès aux soins de santé et mieux protéger les patients ​

« Cette étude montre une réalité difficile à accepter : celles et ceux qui ont le plus besoin de soins sont aussi ceux qui y accèdent le moins et qui en paient le prix le plus élevé », déclare Elise Derroitte, vice-présidente de la Mutualité chrétienne.

« Si notre système est solidaire dans ses principes, il ne l’est pas encore suffisamment dans ses effets. Aujourd’hui, la protection arrive trop tard et reste incomplète. »

Face à ces constats, la Mutualité chrétienne appelle à des ajustements concrets pour améliorer l’accessibilité financière des soins.

L’accessibilité doit être garantie au moment du recours aux soins : limiter l’avance de frais, étendre le tiers payant et soutenir des modèles comme les maisons médicales sont des leviers essentiels pour permettre un accès réel, sans obstacle immédiat. On doit pouvoir protéger les patients qui en ont le plus besoin, que ce soit en raison de leur situation financière, ou de santé.

Il est également indispensable de renforcer le caractère réellement progressif du Maximum à facturer, afin qu’il reflète mieux la capacité financière réelle des ménages. Aujourd’hui, les seuils restent souvent trop élevés pour les personnes aux revenus les plus faibles, ce qui limite fortement l’effet protecteur du dispositif.

Il faut enfin intégrer l’effet structurant du gradient social dans l’élaboration des politiques de santé publique : on ne peut appliquer le même modèle à tous ; il faut moduler les actions, les politiques, la proactivité des prestataires aux besoins de chacun, avec une attention aux plus vulnérables. ​

Comprendre les inégalités face aux soins de santé_FR.pdf

PDF 2.9 MB

Simon Vandamme

Responsable presse

 

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