Un patient sur trois utilise des antidépresseurs sur une longue durée
Bruxelles, 25 mars 2026 – De moins en moins de personnes entament un traitement avec des antidépresseurs, mais le volume total de doses délivrées reste très élevé. C’est ce que révèle une nouvelle étude de la Mutualité chrétienne, réalisée en collaboration avec l’UGent sur le recours aux antidépresseurs par les affiliés de la MC entre 2013 et 2023.

Bien que le nombre de nouveaux utilisateurs d’antidépresseurs ait baissé de moitié, l’intensité de leur utilisation par patient et par année a elle augmenté de plus de la moitié. « Cela que les traitements de longue durée représentent une part importante du volume total d’utilisation », indique Elise Derroitte, vice-présidente de la MC.
L’étude repose sur l’analyse des données de facturation de plus de 700 000 affiliés âgés de 18 à 85 ans entre 2013 et 2023. Il en ressort que le nombre d’affiliés qui ont entamé pour la première fois un traitement par antidépresseurs remboursé a baissé de 51% durant cette période. « C’est une bonne nouvelle , mais en parallèle nous constatons aussi une hausse du nombre de doses délivrées par patient et par année, ce qui suggère que les traitements de longue durée contribuent de manière importante au volume total d’utilisation » souligne Elise Derroitte.
Un usage à longue durée signifie un usage qui dépasse les recommandations cliniques. Dans l’étude, cela correspond à une durée de traitement de 15 mois ou plus. Au total, 32,7% des utilisateurs qui ont débuté un traitement par antidépresseurs entre 2013 et 2023 sont considérés comme des utilisateurs de longue durée.
Les femmes et les personnes bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM) ont plus souvent recours aux antidépresseurs à long terme. De plus, la probabilité d'utilisation à long terme augmente avec l'âge. Ces patients sont plus souvent confrontés à des problèmes de santé mentale et rencontrent davantage de difficultés d’accès aux soins psychologiques. Des difficultés financières, d’ordre pratique ou organisationnelles participent sans doute également à cette dynamique.
Il est par contre frappant de constater que les personnes ayant commencé un traitement par antidépresseur ces dernières années sont moins susceptibles de le poursuivre à long terme. Cela témoigne d'une évolution positive des pratiques de prescription.
Rôle du médecin généraliste
Un élément frappant ressort de cette étude : c'est principalement le type de prescripteur qui joue un rôle important dans la probabilité d'une utilisation à long terme d'antidépresseurs. Les médecins généralistes jouent ici un rôle clé : dans 80% des traitements considérés dans l'étude, c'est un médecin généraliste qui a prescrit la majorité des antidépresseurs constituant ces traitements, contre 20% pour les spécialistes, comme les psychiatres. Plus encore : les patients dont le médecin généraliste est le principal prescripteur ont plus fréquemment recours à un traitement à long terme que les patients suivis principalement par un spécialiste.
Cela pose question. « Il est important que, dans le cadre de la formation médicale et lors des sessions de formation ultérieures, des outils soient intégrés afin de prévenir et de réévaluer l'utilisation à long terme des antidépresseurs, et d'orienter plus fréquemment les patients vers un soutien psychologique, tel que des soins psychologiques de première ligne, éventuellement en association avec des antidépresseurs » explique Elise Derroitte. Cela pourrait aussi peut-être offrir l’opportunité aux médecins généralistes de sortir d’une forme d’inertie dans les traitements en cours, en stimulant la réévaluation régulière des traitements.
La MC préconise en effet un recours prudent aux antidépresseurs. « Les patient.e.s réclament souvent des médicaments à leur médecin. Ils ou elles voient dans ceux-ci une réponse rapide et efficace à leur problème. L'anxiété et la dépression sont donc considérées comme des problèmes médicaux pour lesquels les médicaments sont la seule solution. Cependant, ceux-ci ne constituent pas la seule réponse appropriée. Un suivi psychothérapeutique peut également être utile. Une évaluation suivie de l’utilisation d’antidépresseurs est nécessaire afin de limiter un inutile recours à long terme aux médicaments. »
Un élargissement nécessaire de l’offre de soins psychologiques
Dans cette logique, les soins psychologiques de première ligne constituent une piste intéressante. Ils sont apparus en 2019 et ont depuis été élargis. De précédentes études de la MC (2002, 2003 et 2025) ont déjà montré qu'un nombre croissant de Belges ont recours à ces soins psychologiques accessibles et conventionnés, mais que la demande reste supérieure à l'offre. La MC plaide pour des investissements structurels, afin que l’offre et les modalités de remboursement pour ces soins psychologiques puissent être élargies et ainsi améliorer leur accessibilité. « Une précédente étude de la MC nous a montré que les groupes vulnérables se tournent vers les médicaments plutôt que vers la psychothérapie, en partie pour des raisons financières, car la thérapie coûte plus cher. Nous voulons inverser cette tendance », plaide Elise Derroitte.
RecoursDeLongueDureeAntidepresseurs-Sante_Societe_17.pdf
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Simon Vandamme